En termes simples — Un ordre agressif consomme de la liquidité et peut pousser le prix dans son sens. Mais tout écart observé n’est pas son impact : le marché aurait aussi pu bouger sans lui.
L’impact de marché est la part de variation du prix causée par l’ordre, la séquence d’ordres ou le programme d’exécution. C’est un coût endogène : il apparaît parce que l’on tente de négocier. Il devient important quand la taille est grande par rapport à la liquidité, mais existe aussi pour une petite taille dans un carnet mince.
Une grandeur causale
Mesurer parfaitement l’impact demanderait de connaître le prix qui se serait formé au même instant dans le même marché sans l’ordre. Ce scénario contrefactuel est inobservable. Toute estimation dépend donc du benchmark, de l’horizon, des données et du modèle.
Le slippage devient observable dès que le benchmark est fixé. L’impact, lui, demande une attribution. Pour un achat au-dessus du midpoint à l’arrivée, l’écart peut réunir traversée du spread, consommation de plusieurs niveaux, délai, variation indépendante et impact. Additionner ces mots sans méthode produit des doubles comptes.
Même un mouvement immédiatement après le fill ne prouve pas la causalité : annonce, ordre d’un tiers ou flux commun peuvent aller dans le même sens. Volatilité et fragmentation rendent l’attribution encore plus difficile.
Mécanisme dans le carnet
Un ordre marketable rencontre les ordres passifs présents. S’il dépasse la quantité au meilleur prix, il traverse les niveaux : ce book walking détériore son prix moyen. Son passage peut aussi inciter d’autres participants à annuler, repricer ou ajouter de la liquidité.
Avec midpoint 100,00 et ask de 100 unités à 100,01, 300 à 100,02 et 600 à 100,04, un achat agressif de 1 000 unités obtient, si le carnet ne change pas, un prix moyen de 100,031. L’écart est 3,1 bps. Il décrit l’exécution contre ce snapshot ; il ne sépare pas spread, impact et mouvement autonome.
Réserves, autres lieux, annulations et nouvelles offres changent le résultat. Cont, Kukanov et Stoikov ont observé, sur un échantillon d’actions américaines à court horizon, une relation entre variation, déséquilibre du flux et profondeur. Le résultat est conditionné au marché et à l’échantillon, pas une loi à coefficients universels.
Impact immédiat, temporaire et persistant
L’impact immédiat apparaît pendant que l’ordre consomme ou modifie les cotations. Une composante temporaire se résorbe lorsque le carnet se reconstitue. Une composante persistante accompagne une révision plus durable du prix.
Cette séparation est utile pour les modèles mais rarement observable fill par fill. Un déplacement persistant peut refléter information, ordres corrélés ou drift général. Il dépend aussi de l’horizon : permanent après une minute peut se résorber après une heure.
Le midpoint post-trade et le spread réalisé sont des proxys possibles à horizon déclaré. La proposition SEC de 2022 sur l’Order Competition Rule emploie des variations futures du midpoint dans son contexte américain ; ce n’est pas une définition universelle.
Taille, urgence et état du marché
L’impact attendu dépend de la taille relative à profondeur et volume, de l’urgence et de l’agressivité, du taux de participation, de la volatilité, du spread, de la résilience, de l’heure, des événements, du routage, de la prévisibilité du programme, du tick et des règles de priorité.
Un pourcentage de l’ADV aide à normaliser, mais masque la distribution intraday. Exécuter 2 % du volume journalier en une minute n’équivaut pas à l’étaler sur la séance. Deux ordres identiques n’ont pas le même impact dans des régimes de profondeur différents.
Le compromis d’exécution
Ralentir ou fractionner réduit parfois la pression immédiate mais augmente le temps exposé au mouvement et le risque de non-achèvement. Un ordre limité contrôle le pire prix mais peut rester sans fill et subir adverse selection. Un iceberg réduit la quantité visible sans masquer nécessairement la succession des exécutions et réapprovisionnements.
Les stratégies TWAP ou liquidity seeking organisent temps, lieux et agressivité. Elles déplacent le compromis entre coût immédiat et risque d’attente, achèvement et limite, visibilité et vitesse, impact mécanique et fuite d’information. Le modèle d’Almgren et Chriss formalise ce compromis ; ses paramètres doivent être estimés et actualisés, jamais copiés tels quels d’un instrument à l’autre.
Mesure avant et après
Enregistrer taille, côté, heures de décision et d’envoi, cotations et profondeur, lieux, fills, reliquat et midpoint à des horizons prédéfinis. Avant le trade, un modèle estime le coût selon taille, urgence et état. Après, une analyse compare prix moyen et trajectoire à des benchmarks déclarés.
Pour un programme, présenter coût total depuis l’arrival price, spread selon une convention cohérente, mouvement du midpoint pendant et après, frais explicites, quantité résiduelle et coût d’opportunité. Segmenter par instrument, séance, volatilité et participation, puis publier distributions et sensibilité au benchmark.
Erreur fréquente — Appeler impact tout slippage négatif. Le slippage est observé ; l’impact est seulement sa composante causée par le flux et exige une attribution.
Références
- BIS — Structural Aspects of Market Liquidity
- U.S. SEC — Proposed Order Competition Rule, Release No. 34-96495
- Cont, Kukanov et Stoikov — The Price Impact of Order Book Events
- Prépublication de The Price Impact of Order Book Events
- Almgren et Chriss — Optimal Execution of Portfolio Transactions