Mesurer le risque consiste à transformer des positions et des hypothèses en grandeurs comparables. Le contrôler consiste à relier ces grandeurs à des limites, des scénarios, des responsabilités et des actions. Un chiffre isolé ne remplit aucune de ces deux fonctions.
En termes simples — La VaR indique un seuil dans un modèle, l’Expected Shortfall décrit la queue au-delà de ce seuil, et un stress test demande ce qui arriverait sous un choc construit. Ils se complètent ; aucun ne prévoit la prochaine perte.
1. Mesurer la distribution, pas annoncer une perte maximale
La Value at Risk est un quantile de perte conditionné par un horizon, un niveau de confiance, des données et une méthode. Une VaR de 1 million à 99 % sur un jour ne signifie ni que 1 million est la perte maximale, ni qu’une seule exception est possible tous les cent jours. Elle situe un seuil dans la distribution estimée.
L’Expected Shortfall répond à la question suivante : lorsque la perte dépasse ce quantile, quelle est sa moyenne dans le modèle ? Cette mesure apporte une information sur la gravité de la queue, mais elle reste sensible aux données rares, aux hypothèses de dépendance et au traitement des scénarios extrêmes.
Le backtesting compare prévisions et résultats, mais son interprétation dépend du nombre d’observations, des chevauchements d’horizon et de la définition du P&L. Il ne suffit pas à valider les queues ; attribution, benchmarking et stress restent nécessaires.
2. Construire des scénarios qui peuvent être expliqués
Un test de résistance applique des chocs sévères mais plausibles à un portefeuille, à un modèle ou à une capacité de financement. L’analyse de scénarios en décrit la logique : événement, facteurs, horizon, propagation, réévaluation et effets de second ordre.
Un scénario utile n’est pas une liste arbitraire de pourcentages. Taux, change, volatilité, spreads, liquidité et garanties doivent former une histoire cohérente. Les positions non linéaires exigent un repricing ; les ventes forcées et appels de marge peuvent transformer un choc de marché en problème de financement.
3. Contrôler le modèle et les données
Le risque de modèle apparaît lorsqu’une décision dépend d’un modèle incorrect, mal implémenté ou utilisé hors de son périmètre. La gouvernance couvre l’objectif, les données, le développement, la validation indépendante, l’approbation, la surveillance, les changements et le retrait.
Une validation ne se réduit pas à une fréquence calendaire. L’intensité du contrôle dépend de la matérialité, de la complexité et des changements. Les overrides, valeurs de remplacement et usages secondaires doivent rester visibles, car un modèle mathématiquement correct peut produire une mauvaise décision si ses entrées ou son contexte sont erronés.
4. Passer des lignes au portefeuille
Le risque agrégé combine positions, tailles et dépendances. Additionner des risques individuels ignore les compensations ; les soustraire mécaniquement suppose des couvertures parfaites. La corrélation ne décrit qu’une relation linéaire estimée, tandis que la diversification dépend aussi des facteurs communs, de la concentration, des queues et de la liquidité.
Trois pages de support clarifient la base de calcul : exposition, exposition brute et exposition nette. Une vue nette proche de zéro peut cacher deux jambes importantes, des échéances différentes, un basis risk ou une contrepartie commune. Les sensibilités et scénarios complètent donc toujours la vue notionnelle.
5. Contrepartie, marché et financement
Le risque de contrepartie est le risque que la partie opposée fasse défaut avant le règlement complet. Exposition courante, exposition future, netting, collatéral et compensation centrale répondent à des conventions juridiques et opérationnelles précises.
Le risque de liquidité de marché concerne le prix et le délai d’une sortie. Le risque de liquidité de financement concerne la capacité à fournir espèces ou garanties à l’échéance. Ils peuvent s’amplifier : une marge urgente provoque une vente, la vente déplace le prix, et la baisse de valeur déclenche un nouveau besoin de collatéral.
6. Processus, systèmes et intermédiaires
Le risque opérationnel couvre les pertes liées aux processus, personnes, systèmes ou événements externes. Le contrôle porte sur les opérations critiques, la séparation des tâches, les accès, les rapprochements, la continuité et la capacité de rétablissement testée.
Le risque du courtier ajoute la chaîne d’intermédiation : qualité d’exécution, garde des actifs, solvabilité, sous-conservation, continuité, protections légales et recours. Une licence ou un régime de protection ne couvre pas automatiquement toute perte de marché, tout produit ou tout événement.
Un tableau de bord cohérent
Un système lisible conserve les positions réconciliées, les expositions brute et nette, les sensibilités, VaR et ES, les résultats de stress, les besoins de liquidité et les concentrations de contrepartie. Chaque mesure indique date, unité, horizon, modèle, source de prix et limites. Les exceptions sont reliées à une décision et à un responsable.
Le troisième anneau montre ensuite comment capital, contributions, budgets et sensibilités locales s’organisent sans devenir une mesure unique.
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Références
- Basel Framework — MAR10
- Basel Committee — Minimum capital requirements for market risk: explanatory note
- Basel Committee — Stress testing principles
- Basel Committee — BCBS 239
- Harry Markowitz — Portfolio Selection
- BIS — Market liquidity: research findings and selected policy implications
- Basel Committee — Principles for operational resilience
- Basel Committee — Revisions to the principles for sound management of operational risk
- FINRA — About BrokerCheck
- SIPC — What SIPC Protects