L’analyse de scénarios décrit un état possible du monde, le traduit en facteurs mesurables et calcule ses conséquences pour les positions, la liquidité et les opérations. Elle fournit la structure narrative d’un test de résistance.
En termes simples — On raconte un événement précis, on le traduit en mouvements de marché cohérents, puis on mesure ce qu’il ferait au portefeuille.
De l’histoire aux variables
Le scénario commence par un événement, un horizon et une logique de transmission. « Récession » est trop vague ; il faut préciser mouvements de taux, spreads, actions, change, volatilité, défauts, volumes et délais de financement qui rendent cette histoire exploitable.
Les facteurs doivent être compatibles entre eux. Un déplacement de courbe peut être parallèle, un steepening ou un twist. Une hausse de volatilité peut varier selon les maturités et les strikes. La liquidité et les haircuts peuvent se détériorer en même temps que les prix.
La matrice n’est pas une vérité universelle. Un scénario peut imposer des
relations différentes des estimations historiques, mais chaque choix doit être
expliqué. Dire que toutes les corrélations deviennent automatiquement +1
supprime des bases, des hedges et des comportements qui peuvent rester
matériels.
Historique, hypothétique et inverse
Un scénario historique réutilise un épisode documenté. Il reste nécessaire d’adapter l’univers, les instruments, la devise et la structure actuelle. La répétition exacte n’est pas supposée.
Un scénario hypothétique combine des chocs conçus pour une vulnérabilité présente. Il permet d’explorer un événement jamais observé, mais accroît le risque de choix arbitraires. Un reverse stress part d’un résultat critique — épuisement de liquidité, limite dépassée, incapacité opérationnelle — puis cherche les conditions qui y conduiraient.
Ces approches se complètent : l’histoire discipline la plausibilité, l’hypothétique couvre les angles morts et l’inverse révèle les seuils fragiles.
Revaloriser les positions
Les sensibilités linéaires suffisent pour de petits chocs autour du point de départ. Pour une option, une obligation callable ou un portefeuille avec barrières, le scénario doit recalculer les prix. Delta, gamma, vega, duration et convexité expliquent le résultat local sans remplacer le repricing.
Le modèle indique positions, multiplicateurs, courbes, volatilités, devise, collatéral et règles de netting. Les erreurs de mapping peuvent créer un résultat plus important que le choix du choc lui-même ; la réconciliation précède donc le calcul.
Second tour et capacité d’action
Une perte de marché peut déclencher appels de marge, vente d’actifs et hausse de l’impact. Le scénario inclut besoins de financement, actifs liquides, échéances et disponibilité du courtier. Il peut aussi tester une panne, une erreur de données ou une indisponibilité du site de négociation.
Le rapport relie le résultat à des actions : réduction, couverture, réserve, escalade ou acceptation documentée. Une limite sans responsable ni délai ne constitue pas un contrôle opérationnel.
Erreur fréquente — Confondre scénario et prévision. Le résultat répond à « que se passe-t-il si ? » et non à « que va-t-il se passer ? ».
Références
- Basel Framework — RMA30
- Basel Committee — Stress testing principles
- Basel Committee — Supervisory and bank stress testing
- Federal Reserve — Scenario Design Framework for Stress Testing