En termes simples — Entre la décision et le rapport d’exécution interviennent la plateforme, le réseau, le courtier, les contrôles, le routeur et le marché. Un seul délai « click-to-fill » mélange plusieurs étapes ; les localiser exige des horodatages distincts et comparables.
La latence d’exécution est le temps écoulé sur une ou plusieurs phases du cycle de vie d’un ordre. Le début et la fin dépendent de la question : signal-envoi, client-courtier, routage, entrée sur le lieu, accusé de réception, appariement ou retour du rapport.
Les événements à séparer
Les données de marché subissent les délais du flux, de la consolidation, du réseau et du traitement. La décision ajoute le calcul ou l’intervention humaine. Le trajet client-courtier inclut l’interface et la passerelle ; le courtier applique les validations, les contrôles de risque, la limitation de débit et le routage ; le lien courtier-lieu ajoute le réseau et la file d’entrée ; le lieu contrôle, séquence et transmet l’ordre au moteur. Enfin, le rapport revient par les systèmes du lieu et du courtier.
Un accusé de réception (acknowledgement) confirme généralement la réception ou l’acceptation, pas un fill. Un ordre peut recevoir plusieurs exécutions partielles. Un ordre limité passif peut rester des minutes en file alors que l’infrastructure a répondu en millisecondes : l’attente d’une contrepartie n’est pas automatiquement une latence technique.
La SEC Rule 605 définit, pour son périmètre, la réception comme le premier enregistrement par le système automatisé du destinataire. Cette référence n’est pas nécessairement le clic du client ni l’entrée au moteur.
Horloges, horodatages et séquence
Pour chaque horodatage, connaître l’horloge, le point d’application, la référence temporelle, la granularité, l’exactitude, les corrections de dérive, la synchronisation et le traitement des égalités.
Sur une même machine, une horloge monotone convient aux durées car elle ne saute pas avec l’heure civile. Entre systèmes, il faut une base commune traçable. Le règlement délégué (UE) 2025/1155 impose aux entités relevant de son champ MiFIR la synchronisation UTC des horloges professionnelles avec différents niveaux d’exactitude. Les articles 11 à 16 s’appliquent depuis le 2 mars 2026. Cela ne prouve pas que tout horodatage commercial soit parfait.
Soustraire l’heure du lieu de celle du client sans connaître leur décalage peut donner une latence négative. Une mesure aller-retour effectuée par le client évite ce problème, mais additionne l’aller, le traitement et le retour. La diviser par deux ne donne pas forcément la latence aller simple : les chemins peuvent être asymétriques.
Exemple de lecture correcte
Sur l’horloge monotone du client : signal à 0 ms, ordre envoyé à 2 ms, ack reçu à 24 ms et premier rapport de fill à 80 ms. On peut mesurer 2 ms de décision, 22 ms d’envoi à ack et 78 ms d’envoi à rapport.
On ne peut pas localiser les 22 ms sans points intermédiaires ni supposer que le match a eu lieu à 80 ms : le rapport est postérieur à l’événement. Les 56 ms entre l’accusé et le rapport peuvent comprendre la file, l’absence de contrepartie, l’appariement et le retour. Pour un ordre passif, c’est surtout le time-to-first-fill, pas un délai réseau.
Il faut des horodatages du courtier et du lieu dont l’origine et la synchronisation sont documentées, ou des mesures contrôlées par segment.
Métriques qui révèlent les valeurs extrêmes
Une moyenne masque les pics. Rapporter la médiane, les p95, p99 et le maximum par segment ; les distributions par lieu, instrument et horaire ; les délais jusqu’à l’accusé, au premier fill et à l’achèvement ; les dépassements de délai, rejets, nouvelles tentatives et messages hors séquence ; le délai entre l’événement et sa réception ; la quantité exécutée par intervalle.
La vitesse doit être lue avec le prix, le taux d’exécution et le type d’ordre. Un rejet rapide ne vaut pas un ordre exécuté ; un fill instantané mais plus cher n’est pas automatiquement meilleur.
Latence, slippage et qualité
La latence peut être corrélée au slippage quand les cotations changent vite, sans lui être identique. Pendant l’attente, le prix peut évoluer favorablement, une contrepartie arriver ou rien changer. Spread, profondeur, taille, type d’ordre et impact comptent aussi.
Réduire la latence diminue certains risques temporels, mais ne garantit ni meilleur prix, ni fill complet, ni bon routage, ni absence de sélection adverse. L’article 27 de MiFID II inclut le prix, les coûts, la rapidité, la probabilité d’exécution et de règlement, la taille et la nature : la vitesse est une dimension de la qualité, pas sa totalité.
Contrôle reproductible
Définir les événements avant l’analyse. « Envoi » peut désigner le clic, l’appel API ou la sortie de la passerelle ; « fill », l’appariement, le rapport ou la mise à jour de l’écran. Changer de définition entre systèmes invalide la comparaison.
Utiliser des identifiants reliant ordre, ack, modifications et fills ; ajouter les séquences lorsque l’horodatage est trop grossier ; conserver les erreurs, annulations et reliquats ; surveiller la dérive et la synchronisation ; segmenter par type d’ordre et état du marché ; séparer les latences des données, de la décision et de l’infrastructure.
Erreur fréquente — Comparer l’heure locale du clic à celle du lieu comme si elles venaient de la même horloge, ou attribuer tout le délai jusqu’au fill au réseau.
Références
- U.S. SEC — FAQ Rule 605 of Regulation NMS
- U.S. SEC — Release No. 34-43590
- EUR-Lex — Règlement délégué (UE) 2025/1155, synchronisation des horloges professionnelles
- ESMA — MiFID II, article 27