À qui s’adresse cette page — À quiconque construit un backtest, utilise des données fondamentales ou macroéconomiques, reconstitue un indice ou compare des signaux historiques. Il ne s’agit pas de savoir aujourd’hui ce qui s’est passé alors, mais de savoir ce qui pouvait être consulté à l’instant précis de la décision.
Les données point-in-time conservent l’histoire telle qu’elle pouvait être observée à chaque instant. Pour chaque valeur, la date à laquelle elle se rapporte ne suffit pas : il faut enregistrer quand elle a été publiée, quand elle est devenue disponible pour le système, quelle version était alors valide et jusqu’à quand elle l’est restée. Une base mise à jour et corrigée aujourd’hui peut décrire parfaitement le passé tout en étant impropre à simuler une décision passée.
En termes simples — Une photographie restaurée aujourd’hui n’est pas celle que le trader voyait hier. Le backtest ne doit recevoir que l’image disponible à l’époque, avec ses imperfections, ses retards et ses révisions ultérieures.
Les quatre dates à ne pas confondre
| Champ temporel | Question | Erreur en cas d’absence |
|---|---|---|
| Période d’observation | À quel trimestre, à quelle barre ou à quel événement la valeur se rapporte-t-elle ? | attribuer la donnée au mauvais moment |
| Horodatage de publication | Quand la source l’a-t-elle diffusée ? | utiliser un résultat avant son annonce |
| Horodatage de disponibilité | Quand la donnée est-elle réellement entrée dans la chaîne, avec le bon fuseau et le bon calendrier ? | ignorer latence, fermetures ou retards du fournisseur |
| Millésime ou version | Quelle valeur était connue avant une correction ? | réinjecter aujourd’hui la révision finale dans le passé |
L’horodatage de disponibilité est l’instant opérationnel. Un communiqué publié à 16 h 05 à New York ne peut générer un ordre à la clôture de 16 h. Si le système reçoit le fichier à 16 h 08, la première décision admissible doit aussi respecter cette latence. Pour des données quotidiennes sans horaire fiable, il est prudent de définir et documenter une convention explicite, par exemple « utilisable à partir de la séance suivante ».
Les données macroéconomiques illustrent bien le problème du millésime de révision. Production, emploi et croissance peuvent être corrigés à plusieurs reprises. La série la plus récente répond à la question « quelle est aujourd’hui la meilleure estimation du passé ? » ; un test point-in-time répond à « quelle estimation était publique à cette date ? ». Ce sont deux questions différentes.
Univers, identifiants et appartenance
Une liste actuelle de titres, fonds ou contrats ne peut être projetée dans le passé. L’univers doit être une table temporelle avec des intervalles de validité :
| Entité | Information point-in-time nécessaire |
|---|---|
| Titre | identifiant permanent, dates de cotation et de cessation, plateforme, devise |
| Indice | date d’annonce et date d’effet de chaque entrée ou sortie |
| Fonds | création, fusion, liquidation, changement de mandat et série de frais |
| Contrat à terme | contrat précis, échéance, calendrier et règle de roll déclarée |
| Donnée d’entreprise | période comptable, dépôt original, corrections et horodatage de diffusion |
Le ticker est une étiquette, pas une identité stable : il peut changer ou être réutilisé. Relier prix, comptes et opérations sur titres exige des identifiants persistants et une table dont la validité est temporelle. La classification sectorielle ou le pays d’appartenance peuvent aussi changer ; employer en 2010 la classification actuelle introduit une information rétrospective.
Opérations sur titres et radiations
Splits, dividendes, scissions, fusions, offres, conversions et changements de symbole exigent plusieurs dates : annonce, ex-date, record date, paiement et prise d’effet. Une série de « clôture ajustée » recalculée aujourd’hui est pratique pour les rendements, mais ne remplace pas un registre causal des événements. Le facteur d’ajustement doit être appliqué conformément à l’objectif : comparer des rendements totaux n’est pas la même chose que simuler des limites, des quantités et des ordres observables avant l’événement.
Une radiation de la cote n’autorise pas à supprimer la dernière observation. Il faut conserver son motif, sa date, l’éventuel rendement de radiation, la distribution ou la valeur de récupération, ainsi que la règle appliquée si la donnée manque. Une perte effacée de la base rend l’échantillon plus sain qu’il ne l’était et relève directement du biais de survie.
Protocole point-in-time
- Fixer l’instant de décision. Définir fuseau horaire, calendrier, heure limite et fréquence de chaque stratégie.
- Séparer événement et disponibilité. Conserver
event_time,published_at,available_atetingested_atlorsqu’ils existent. - Archiver les millésimes. Ne pas écraser une révision : ajouter une version avec début et fin de validité.
- Employer des identités persistantes. Rattacher tickers et descriptions à des identifiants stables avec intervalles temporels.
- Reconstituer l’univers. Enregistrer appartenance, éligibilité, annonces et dates d’effet ; ne pas partir des survivants actuels.
- Traiter les opérations sur titres comme des événements. Conserver termes, dates et sources, puis produire les ajustements nécessaires.
- Conserver échecs et absences. Radiations, suspensions, fonds fermés et valeurs manquantes appartiennent à l’histoire.
- Modéliser la latence. Ajouter le retard du fournisseur, le traitement et la fenêtre de négociation suivante.
- Rendre la requête répétable. « Montrer ce qui était connu à 10 h le jour X » doit toujours renvoyer le même instantané.
- Geler le jeu de données du test. Enregistrer version, somme de contrôle, transformations et code avec les résultats hors échantillon.
Exemple illustratif — Une entreprise clôture son trimestre le 31 mars, dépose ses résultats le 7 mai à 17 h 20 et les corrige le 20 juin. Un signal portant sur la croissance trimestrielle ne peut employer ce nombre le 31 mars ; pour une stratégie qui n’opère qu’à la clôture, son premier emploi peut être la séance suivant le 7 mai. Pour les décisions prises entre le 8 mai et le 19 juin, il faut utiliser le dépôt original, non la correction de juin. Dates et horaires ne servent ici qu’à illustrer la méthode.
Contrôles rapides
| Contrôle | Preuve à conserver |
|---|---|
| La source avait-elle déjà publié la donnée ? | horodatage et document original |
| Le système pouvait-il l’avoir reçue ? | journal d’acquisition ou retard déclaré |
| La valeur a-t-elle été révisée ? | table des millésimes |
| L’instrument existait-il et était-il négociable ? | intervalles de cotation et état de la plateforme |
| Appartenait-il alors à l’univers ? | appartenance avec annonce et prise d’effet |
| Le rendement inclut-il la sortie ou la radiation ? | événement terminal et méthode de valorisation |
| L’ajustement n’emploie-t-il que des événements déjà connus ? | registre des opérations sur titres |
Limites
Une base point-in-time réduit le biais d’anticipation, mais ne certifie pas la stratégie. Des données tardives peuvent être erronées ; une source peut avoir une couverture sélective ; la chaîne peut appliquer des transformations futures ; l’univers peut rester incomplet. En outre, le point-in-time ne modélise automatiquement ni les ordres, ni la liquidité, ni la capacité, ni les coûts de transaction dans le backtest. Tout résultat reste conditionné par les sources, conventions et disponibilités documentées.
Références
- Federal Reserve Bank of St. Louis, ALFRED® et Real-Time Periods — archivage des valeurs initialement publiées, de leurs révisions et de leurs périodes de validité informationnelle.
- U.S. Securities and Exchange Commission, EDGAR Application Programming Interfaces — historique des dépôts, métadonnées et mise à jour des informations diffusées.
- Center for Research in Security Prices, CRSP Survivor-Bias-Free US Mutual Fund Database Guide — structure historique comprenant les fonds actifs et disparus.
- Tyler Shumway, The Delisting Bias in CRSP Data, The Journal of Finance, 1997 — conséquences de l’omission des rendements de radiation.
- S&P Dow Jones Indices, Equity Indices Policies & Practices — annonces, dates d’effet, rééquilibrages et traitement des corrections de composition.